LES EXERCICES DES MOINES ET MONIALES DE SHAOLIN

 

 

RECOUVRER LA SANTÉ DU CORPS ET DE L’ESPRIT GRÂCE AU QI GONG

 

 

LES DA MO YI JIN JING

ÉTIREMENTS  ET RESPIRATION

 

EXTRAIT TIRÉ D'UN MÉMOIRE DE MARIE-CLAIRE CASTETS: TOUTE REPRODUCTION MÊME PARTIELLE SUR QUELQUE SUPPORT QUE CELA SOIT SERA PUNIE PAR LA LOI.

 

 

 

 

 

 

      INTRODUCTION

 

       Dans les temps les plus reculés de notre histoire, les hommes ont vécu en totale connexion avec la nature car c’était elle qui leur fournissait tout ce dont ils avaient besoin. Un respect envers les éléments s’est établi et a donné naissance à des rites en lien avec ces forces. Et puis, la découverte des premiers outils a mis en place une certaine distance avec la nature. Au fil du temps, le progrès bénéfique au confort des hommes a finalement éteint l’envie de vénérer des Dieux. Depuis bien longtemps déjà, nous sommes loin de cette affinité subtile avec la nature et le monde moderne nous conforte dans l’ignorance de notre corps. De nos jours, la façon de nous alimenter, la conscience du corps et la spiritualité ont disparu de notre vie au quotidien. Nous avons perdu ces notions et vivons dans une société consommatrice. Le fait est que notre santé subit les conséquences de ce train de vie. Pourtant, dans l’histoire du monde, des hommes ont su conserver quelques secrets de longévité. Dans la Chine Antique, un certain moine nommé DA MO a légué des exercices physiques dans un temple Shaolin. Ces formes, regroupées dans le Yi Jin Jing, qui font partie du Wai Dan Qi Gong, sont capables de régénérer un corps et son esprit. C’est en quelque sorte un moyen de recouvrer sa jeunesse ou de la prolonger.

Ainsi, tentons de nous connecter de nouveau avec notre environnement, tentons de découvrir ce qu’est le Yi Jin Jing et quels sont ses bienfaits. Actuellement il émerge de notre société comme un retour vers les traditions lointaines car il y a une prise de conscience de négliger le corps et l’esprit. Le Yi Jin Jing pourrait être la clé, les secrets de la jeunesse.

 

 

         I- LE YI JIN JING DANS L’HISTOIRE

 

         La pratique du QI Gong remonterait avant la dynastie des Shang (1766-1154 av. J.-C.) mais avec peu d’informations écrites, il est possible de dire qu’il servait  seulement  au maintien à la santé. Ce n’est qu’après, à l’importation du bouddhisme en Chine depuis l’Inde (vers 58 ap. J. - C.) qu’une autre forme de QI Gong est apparue.

Sous la dynastie des Han, le bouddhisme s’est fortement développé, cependant la Chine a  très longtemps manqué d’enseignement. C’est pourquoi, le bouddhisme indien et le chinois diffèrent. Les moines chinois ont passé cinq cent ans sans apprentissage ce qui les a fait dériver vers leur propre technique pour atteindre l’état de Bouddha. Ils ne pensaient pas avoir la nécessité de s’occuper de leur corps pour accéder à l’illumination et privilégiaient la méditation immobile. Quant aux Taoïstes, il en était de même bien qu’ils eussent déjà des techniques de Qi Gong méditatives très avancées.

Mais dans les années 500 après J.-C. le Bouddhisme connaît un sérieux déclin en Chine. Alors, en 527, un prête indien vient prêcher sous la demande de l’Empereur. Il s’agit de Bodhidharma, nommé aussi Da Mo, prince d’une tribu du Sud de l’Inde. Mais ses théories ne plaisent pas à l’Empereur alors il se retire au temple Shaolin dans la région de Wei. Là bas, il ne trouve que des moines en mauvaise santé car ils ne font que méditer et n’entretiennent pas du tout leur corps. Da Mo se retire dans une grotte et médite à ce sujet durant neuf ans. Il en ressort deux classiques. L’un, appelé Yi Jin Jing,  porte sur la transformation des muscles et des tendons et l’autre, nommé Xi Sui Jing, porte sur le nettoyage des os et du cerveau qui permet l’accès à l’état d’éveil.

 

Ainsi, les moines ont pratiqué les exercices du Yi Jin Jing de Da Mo et ont retrouvé non seulement une excellente santé mais aussi une force physique accrue. Cette véritable transformation leur a permis d’augmenter le Qi à l’intérieur de leur organisme nourrissant ainsi le cerveau. Leur méditation s’en est trouvée améliorée étant donné que l’esprit bien alimenté s’élève.

       Ayant révélé une nette augmentation de la force physique, le Yi Jin Jing a été intégré aux arts martiaux. Les moines Shaolin sont devenus d’excellents combattants.

Da Mo a légué le Yi Jin Jing à la Chine. Le Bouddhisme indien est très antérieur au chinois, et il est logique de penser que le Qi Gong était présent en Inde depuis fort longtemps. Ainsi, ce prince indien a apporté une méthode complète pour accéder à l’état de Bouddha grâce à ses deux classiques.

À cette époque, l’homme étant l’arme, les moines Shaolin étaient de redoutables guerriers. Durant les Qing (1644-1912), Bouddhistes et Taoïstes ont voulu prendre le pouvoir et pour cette raison les moines Shaolin ont subi des représailles. Délogés de leurs temples incendiés, ils ont fuit et se sont intégrés au peuple à qui ils ont transmis une partie des pratiques du Yi Jin Jing.

Bouddhistes et Taoïstes menaient en bonne entente le même objectif : l’atteinte de l’état de Bouddha. Chacun de leur côté ont développé à leur manière les deux classiques. Après la mort de Da Mo, les Taoïstes ont laissé des écrits sur les méthodes. Les Bouddhistes quant à eux conservaient secrètes toutes les pratiques.

 

         Le Qi Gong a pris un véritable tournant grâce au Yi Jin Jing de Da Mo. Ces disciples et les disciples de ses disciples ont fait perdurer cette discipline à part entière et l’ont même développée. Six cents ans après la mort de Da Mo, le fameux Général Yue Fei qui avait suivi l’entrainement d’un certain moine, mit au point les « Huit Pièces de Brocart ».

Depuis plus de mille quatre cents ans, il est encore difficile de savoir qui a réellement détenu les secrets de la jeunesse de Da Mo. Il existe néanmoins un document qui a été divulgué par la « Han Fen Lou » (tour des fragrances), une organisation Taoïste. Ce document est le plus complet se référant aux méthodes  d’entrainement du Yi Jin Jing.

Quant à Da Mo, la croyance veut qu’il soit devenu un Bouddha et que son esprit soit parti vivre en Inde, dans la « cité Sainte de l’Ouest ».

  De cette Histoire, nous nous intéresserons tout particulièrement au Yi Jin Jing qui traite de l’entrainement du corps et nous laisserons le Xi Sui Jing qui tend à élever la spiritualité.

 

 

 

            II- LA PLACE DU YI JIN JING DANS LA SOCIÉTÉ CHINOISE

 

            1- LA RELIGION

            Du point de vue religieux, le Yi Jin Jing s’est intégré au Bouddhisme et Taoïsme et s’est développé sous différentes formes selon la tendance. C’est grâce à Da Mo que le corps a été fortifié par le biais d’exercices mais il est important de rajouter que la méditation fait partie intégrante de l’entraînement. En effet, Da Mo est à l’origine de la méditation Chan (Zen au Japon). Dans l’optique religieuse, le Yi Jin Jing est un outil à la préparation du corps pour que l’esprit puisse être ensuite élevé en utilisant d’autres techniques. La division chez les Bouddhistes s’est faite en partie à cause des classiques de Da Mo. En effet, certains Bouddhistes soutiennent que l’état de Bouddha ne s’obtient qu’avec la pratique de la méditation et, de ce fait, rejettent l’enseignement des moines Shaolin ayant adopté le Yi Jin Jing.

 

 

            2- LES ARTS MARTIAUX

Les arts martiaux ont connu un changement significatif suite à l’intégration du Yi Jin Jing. Dans son livre « Cheminer dans le bien-être », Bruno ROGISSART laisse entendre que : « les Yi Jin Jing enseignés par BODHIDHARMA auraient donné naissance aux fondements du KUNG FU Chinois ». L’entrainement physique a doté les pratiquants d’une force corporelle beaucoup plus intense. Ces pratiquants ont aussi adopté la partie méditative qui leur a permis d’entrainer leur mental et d’acquérir des valeurs morales inexistantes jusque là. Ainsi, cent ans après l’apparition du Yi Jin Jing, les arts martiaux ont bénéficié de l’influence Shaolin et ont cultivé la force interne. Ainsi, le Xiao Jiu tian (Neuf petits paradis) et le Huo Tian Fa (techniques postnatales) sont nés grâce à cet héritage Shaolin, donc du Yi Jin Jing, et bien d’autres par la suite tels que le Tai Chi Chuan au 10ème siècle, puis le Bagua et Hsing.I. Ce qu’il ressort de l’intégration du Yi Jin Jing dans les arts martiaux c’est l’évolution dans le comportement du combattant qui a acquis vertu et droiture selon la lignée des Shaolin.

Le Yi Jin Jing n’est pas une simple série d’exercices vouée au renforcement corporel mais bel et bien un vecteur de respect, humilité, patience et discipline.

 

 

                 3- LE MILIEU MÉDICAL

                « Le plus ancien Qi Gong Taoïste était appelé Tu Na qui signifie inspirer expirer et Dao Yin : diriger. Zhuang Zi (entre 480 et 220 avant J.C.) décrit des mouvements destinés à « nourrir le corps grâce à l’action du Qi et ainsi obtenir la longévité ». Dans le Huang Di Nei Jing il est question du Tu Na Qi Gong : « Inspirez et expirez le subtil de l’air, gardez uniquement l’esprit, soyez exempts de toute pensée » On parle du Dao Yin comme l’une des cinq méthodes pour nourrir le corps et traiter les maladies. » (1)

L’art médical chinois a lui aussi récupéré le Yi Jin Jing pour en examiner les théories et méthodes. Il les a combinées à celles de la médecine traditionnelle (méridiens entre autre) en vue d’une meilleure compréhension des bienfaits et des buts  du Yi Jin Jing. Ainsi, sont nés de ces « inter théories » de nouvelles pratiques de Qi Gong destinées à améliorer la santé. « Les Huit Pièces de Brocart » sont un exemple de formes récupérées par la médecine traditionnelle. Encore aujourd’hui, d’autres combinaisons émergent pour le suivi des cancers par exemple. Le Qi Gong est une branche de la Médecine Traditionnelle Chinoise à part entière.

(1)(Histoire de la MTC, Académie de MTC WANG DE FENG)

 

 

 

                   III- LE YI JIN JING À L’ORIGINE

 

 

                      1) Les objectifs du Yi Jin Jing

 

À l’origine, il vise à renforcer le corps physique pour y accumuler une grande réserve de Qi. On peut parler de la constitution d’une force externe Wai Zhuang et d’une force interne Nei Zhuang. Cette abondance de Qi est ensuite acheminée comme nourriture dans les moelles des os et le cerveau par la pratique du Xi Sui Jing dont le rôle est l’élévation de la spiritualité.

 

Le Yi Jin Jing, pris dans un contexte non religieux, conserve sa grande utilité. Ainsi, il est pratiqué  dans le but de transformer un corps malade en un corps sain, de redonner de la force à un corps faible.

Le maintien de la santé est l’objectif principal de la majorité des pratiquants de Qi Gong en Chine. Il existe de nombreux enchainements basés sur ce principe, dont les Ba Duan Jin et les Da Mo Zhuang QI GONG (renforcement de Da Mo).

Ces séries d’exercices tendent à acheminer le Qi plus vers les membres que dans le tronc et le corps. Ces mouvements simples, de nature Wai Dan, ne demandent pas une réelle connaissance de la part des pratiquants et suffisent pour renforcer l’organisme.

Ils feront l’objet d’une séance de cours pour débutants qui viendra clôturer la présentation du Yi Jin JIng.

 

La forme Wai Dan du Yi Jin Jing renforce le corps physique, maintient la santé grâce à l’ouverture des méridiens et à la bonne circulation de l’énergie. Il accroît la quantité de Qi et améliore sa circulation dans le Du Mai et le Ren Mai (petite circulation) par le biais du Nei Dan. De là, les douze méridiens sont alimentés par le Qi de façon à éliminer les blocages. À ce stade, acheminer le Qi où l’on veut est possible. Ainsi, il est guidé jusqu’à la surface de la peau ce qui renforce le Wei Qi. Cette progression de l’expansion du Qi et de sa propagation amène le pratiquant à rendre plus performantes ses capacités martiales. Enfin, à la suite de cette préparation physique et énergétique, il est possible  de passer aux techniques internes qui mènent à l’état de Bouddha.

 

 

 

                       2) Yi Jin Jing/ Wai Dan et Nei Dan

 

 

Le  Yi Jin Jing apporte une énergie yang quand il renforce le corps et rempli celui-ci de Qi. Hors, cet entrainement yang ne permet pas à lui seul d’atteindre la longévité, au contraire. En effet, le trop de yang va créer une dégénérescence plus rapide. En envoyant le Qi vers les membres, par l’intention, cela sur développe les muscles et malheureusement, en vieillissant, on observe une dégénérescence plus rapide de ces muscles que pour ceux d’une personne qui n’a pas pratiqué. C’est un phénomène connu sous le nom de San Gong (dispersion énergétique). En ce qui concerne le Yi Jin Jing visant à maintenir en bonne santé d’aujourd’hui, il n’y a pas cette intention de développement absolu de la musculature, donc pas de problématique de perte de souplesse et d’élasticité.

 

Le Yi Jin Jing se décline sous deux formes : le Wai Dan (élixir externe) et Nei Dan (élixir interne). La première se réfère au Yang et la seconde au Yin. Ainsi, il va de soi de pratiquer les deux sans quoi, le déséquilibre s’installe et crée divers problèmes tel que le San Gong cité plus haut.

 

« - L’entrainement Wai Dan stimule votre corps physique et vous énergétise. Il est dès lors un entrainement Yang. Le Nei Dan se concentre sur la culture interne du Qi et de ce fait, le corps y est détendu et l’esprit y est calme et en paix. Il s’agit donc d’un entrainement Yin.

    - Pour un entrainement correct et sûr du Yi Jin Jing, Wai Dan et Nei Dan doivent être mutuellement coordonnés et s’équilibrer l’un l’autre.

     - Le temps qu’il est nécessaire de donner au travail du Wai Dan est relativement plus court que celui dévolu à l’entrainement au Nei Dan… » Dr Yang Jwing Ming « Chi-Kung de Damo » p.132

 

 

 

                    3) La respiration : Kan et Li

 

Tous les entrainements ne se réalisent qu’accompagnés d’une respiration adéquate. Cette dernière guide le Qi dans le corps : elle peut être rapide ou lente, longue ou courte selon les besoins. Lorsque le corps est trop Yang, l’expire se fait plus long afin d’orienter le surplus de Qi vers la peau pour qu’il se dissipe dans l’environnement. Au contraire, quand le corps est trop Yin, l’inspire se fait plus long pour capter le Qi et le conserver en interne. On note ici que la respiration influe sur le Yin et le Yang ; elle est capable de réguler l’un et/ou l’autre. On parle alors de deux aspects de la respiration appelés Kan et Li. Ils sont des techniques visant à générer du Yin et du Yang. Kan est l’eau qui vient tempérer le Feu et Li est le Feu qui vient réchauffer le corps. Kan et Li sont des méthodes ; le Yin et le Yang sont des résultats.

Ainsi, grâce à l’ajustement de Kan et Li, le pratiquant pourra équilibrer le Yin et le Yang dans son corps. Toutefois, cet ajustement ne peut se faire qu’avec le mental.

« …Le mental peut être soit Kan soit Li. C’est lui qui détermine la stratégie (respiration) pour rétracter/condenser le Chi (Kan) ou pour dilater/accroître le Chi (Li) … Le Shen (esprit) n’a pas de Kan et Li. Il est la clé qui permet de rendre l’ajustement de Kan et Li efficace. » Dr Yang Jwing Ming « Chi-Kung de DA MO » p.95

 

Les secrets de l’ajustement résident dans :

- la respiration dépend du Shen et vice versa (méthode)

- le Shen et le Qi s’unissent et se combinent (le résultat)

 

Ainsi, le Yi Jin Jing réunit le mouvement et l’immobilité, l’externe et l’interne, la respiration et le Shen, le Kan et Li pour gouverner le Qi à l’intérieur du corps, donc de l’esprit. Le fait de nourrir les organes influence leur esprit et agit sur les émotions. L’harmonie règne et l’esprit est en paix.

 

 

                      4) La transformation des muscles et des tendons : les fascias

 

Dans l’entrainement de Da Mo, afin de pouvoir atteindre le renforcement des muscles et tendons, il est de la première importance de travailler sur les fascias. Ces membranes fibreuses sont partout dans le corps et permettent la mobilité des muscles et des organes. Ainsi, l’entrainement au Yi Jin Jing ne peut se faire sans les massages de ces fascias. Avec des outils tel que des balles de diverses tailles, on commence à masser le Centre, région de l’estomac où s’accumule la graisse qui bloque la circulation du Qi. Puis les autres zones du corps sont aussi massées avec divers objets dans la même optique.

Dans un second temps, le massage de la peau, tel que le martèlement, est nécessaire afin de renforcer sa résistance. Dans les arts martiaux, cette préparation est essentielle d’une part pour rendre le corps beaucoup plus résistant aux coups mais aussi pour pouvoir faire venir le Qi là où le coup doit être paré.

La transformation des muscles et des tendons selon Da Mo est une étape qui se réalise seulement après celle des massages (durant 100 jours) afin de préparer le corps à la seconde partie : remplir le corps de Qi dans le but de condenser de l’énergie pour passer à l’étape de la transmutation. Tous ces stades de préparation se réalisent dans l’objectif d’atteindre ce que l’on appelle Wai Zhuang (force externe) et Nei Zhuang (force interne), la capacité de combiner et coordonner ces deux forces à l’intérieur et extérieur. Cet équilibre est le terrain favorable au Xi Sui Jin : le nettoyage de la moelle et du cerveau, l’accomplissement de la transmutation.

 

Pour résumer, les objectifs du Chi-Kung étaient et sont encore certainement de :

- renforcer physiquement le corps, donc de le maintenir en bonne santé ;

- augmenter la quantité de Qi et le faire circuler dans REN MAI et Du MAI ;

- libérer la circulation du Qi dans les douze méridiens principaux ;

- renforcer WEI QI ;

- développer ses capacités dans les arts martiaux ;

- atteindre l’équilibre de la force interne et externe qui sert de base au Xi Sui Jing.

 

 

 

Texte tiré de la Thèse complète du Yi Jin Jing, document traduit à l’origine par un prêtre indien.

 

 

« Si votre esprit est pur, calme et libre de toute perturbation émotionnelle, alors la culture de votre esprit ne sera pas entravée. Si votre corps est transformé de faible en fort, alors vous n’aurez plus à craindre la faiblesse et la maladie de votre corps physique. Dès lors, il n’y aura plus d’obstacle à votre culture. Et, ce n’est qu’une fois ces deux conditions réunies que vous pourrez guider votre mental dans, et hors de la « stabilité ». La stabilité désigne ici l’état méditatif immobile nécessaire à la culture de l’esprit, la fondation dont vous avez besoin pour pénétrer le Tao. » Dr Yang Jwing Ming « Chi-Kung de Damo » p. 117

 

 

 

                 IV- LE YI JIN JING (YI GIN CHING) DE NOS JOURS

 

Introduction

La santé en Orient et en Occident

 

Pour rester en bonne santé, il ne suffit pas de bénéficier d’un bon mandat céleste ! Il faut être capable de maintenir une circulation harmonieuse du Qi car c’est elle qui nous octroie la vitalité et apporte la tranquillité d’esprit. Aussi, il est nécessaire de veiller à s’alimenter de manière équilibrée, de faire des exercices corporels et surtout de respirer correctement. Ces trois paramètres peuvent déjà installer un contexte favorable au maintien d’une bonne santé. En effet, ils pourvoiront l’organisme d’une excellente synthèse énergétique. Ainsi, les cellules sanguines seront saines, pourront se régénérer grâce à la moelle osseuse et mieux véhiculer l’énergie par le biais du sang. 

Du point de vue oriental, le maintien en bonne santé est inhérent à la structure énergétique du corps ainsi qu’à ses composantes physiques. De là, le Qi Gong est aussi important qu’une alimentation saine car il est, en outre, une discipline qui maintient en bonne santé.

Du côté occidental, l’approche du corps est totalement différente. Il est comme ignoré jusqu’au moment où il y a une douleur qui signale un phénomène. L’occidental n’a pas la connaissance de son anatomie subtile et n’anticipe pas vraiment l’usure et les dysfonctionnements de son organisme.

Aujourd’hui, de plus en plus d’occidentaux s’ouvrent au Qi Gong car ils sont conscients des bienfaits de cette discipline sur leur corps. Cet engouement est peut-être un effet de mode pour certains, mais quoi qu’il en soit, le Qi Gong commence à faire ses preuves. Même s’il est considéré comme un sport, une gymnastique chinoise, il n’en reste pas moins une branche de la Médecine Traditionnelle Chinoise.

 

 

 

1- Les principaux effets du  Yi Jin Jing

 

 

a) Les méridiens

Nous avons vu précédemment que BODHIDHARMA avait réussi à redonner une forme physique aux moines Shaolin grâce aux séries d’exercices qu’il avait mis en place. La pratique de la méditation implique l’immobilisme et de ce fait le corps n’est pas du tout stimulé. L’absence de mouvements du corps engendre une mauvaise circulation sanguine (donc du Qi) et la perte de vitalité des muscles, et par la suite d’autres signes corporels indiquent une santé qui se détériore. Lorsque l’on s’intéresse de plus près au corps humain en consultant la médecine chinoise, on peut s’apercevoir qu’il est constitué d’un réseau de méridiens :

 

12 méridiens principaux (shi er zhen Jing)

  8 méridiens  particuliers ou Merveilleux Vaisseaux (Qi Jin Ba Mai)

12 branches divergentes (Jin Bei)

Les Branches collatérales (Luo Mai) :15 distincs Bei Luo, capillaires Sun Luo, Superficiels Fu luo

Les Tendino-musculaire (Jing Jin) ou douze couches

Douze zones cutanées

Le Yi Jin Jing met le corps en mouvement et étire les méridiens

 

 

 

 

 

                                                  Schéma extrait de l’Atlas d’acupuncture de Claudia FOCKS, P. 10

 

 

« De la même façon que les muscles et les tendons, les Jing et les Luo sont distribués dans la totalité de notre corps. Les Jing sont les douze méridiens primaires du chi, et les Luo sont les millions de petits canaux qui en émergent pour amener le chi, et vers la surface de la peau, et vers la profondeur et les moelles. Les Jing et Luo sont distribués partout dans le corps au milieu des muscles et des tendons. Ils représentent le circuit énergétique qui relie l’ensemble du corps et dynamise les muscles et les tendons. Ils sont encore responsables du transport du sang et ont la capacité d’influer sur l’esprit de vitalité. Ils sont par ailleurs indispensables pour la vie comme pour le mouvement : comment pourrions-nous les laisser se détériorer ?» Dr Yang Jwing Ming « Chi-Kung de Damo » p. 121 Chapitre 5 Théories et principes, traduction revue de la Thèse complète du Yi Jin Jing

 

 

Ainsi, c’est par le biais de ce réseau de méridiens transportant le Qi et le sang que la moindre parcelle de l’organisme est nourrie, humidifiée, vitalisée.

Le Yi Jin Jing «  Cette méthode de Qi Gong (…) est constituée d’une série de vingt huit mouvements visant à renforcer le corps, stimuler, harmoniser et faire circuler l’énergie vitale. » « (…) Méthode visant l’harmonisation énergétique du système des méridiens » Bruno ROGISSART « Cheminer dans le bien-être » p. 161

 

 

Le corps est étiré et s’assoupli. Ces étirements et relâchements s’exercent au niveau des méridiens ce qui les rend plus à même de transporter le Qi et le sang. Le sang  se régénère en nouvelles cellules dans la moelle osseuse. Si le transport s’effectue mal, il n’aura pas de « vigueur cellulaire ». Ces cellules ont pour rôle principal de transporter correctement l’oxygène, les nutriments mais aussi d’assumer la régulation du Qi. Le fait d’absorber une bonne quantité de Qi induit une meilleure alimentation des organes au final, et le fait de pratiquer le Qi Gong de DA Mo implique une amélioration de la circulation de l’énergie dans les méridiens. Ainsi, le cerveau remplit mieux ses fonctions d’où les pensées claires et l’esprit calme.

Il est facile de faire la corrélation vitalité, énergie et méridiens.

La pratique du Yi Jin Jing influence favorablement la bonne santé des méridiens donc leurs fonctions :

 

« 1- Promouvoir la communication entre les organes internes et l’extérieur du corps, connectant ainsi l’individu aux rythmes de vie environnementaux (de la Terre) et du  universels (du Ciel)

 2- Réguler et harmoniser l’activité de l’énergie Yin et Yang du corps dans les organes internes et dans les cinq substances principales (Jing, Qi, Shen, Sang et Fluides corporels)

3- Distribuer le Qi des organes internes à l’ensemble du corps

4- Protéger le corps en créant un bouclier énergétique afin de dévier les agents pathogènes et pour fortifier le système des organes internes »Pr Jerry ALAN JOHNSON « Traité de Qi Gong Médical » vol.1 p. 325

 

 

Il apparaît indéniable que le Yi Jin Jing est essentiel au bon fonctionnement des méridiens et par conséquence qu’il permet de maintenir l’organisme en bonne santé. Aussi, l’autre point fort du Yi Jin Jing est d’emmagasiner du Qi par l’intermédiaire de la respiration.

 

 

b) La respiration et la concentration

La respiration se fait d’elle-même. Elle est naturelle et se fait sans y penser ou réfléchir. Cependant, le Yi Jin Jing demande la coopération de l’esprit (SHEN) afin de diriger la respiration.

 

« Le Da Mo Yi Jin Jing exerce en parfaite coordination le mouvement, la respiration et la concentration. » Bruno ROGISSART «  Cheminer dans le bien-être » p. 161

Ici on parlera de concentration, et même d’intention (Yi).

 

Le Qi circule dans les méridiens, va jusqu’en profondeur pour atteindre les moelles qui génèrent les cellules et va aussi à la surface de la peau pour y former une couche protectrice Wei Qi. Il s’installe donc un rapport surface / profondeur quant à la respiration, un équilibre yin-yang.

Lorsque l’on vieillit, la respiration tend à s’écourter et par de là la quantité de Qi diminue. Alors, tout est moins bien nourri, le yin et le yang sont disharmonieux et les soucis de santé se manifestent de plus en plus souvent.

Dans la troisième partie, le Yi Jin Jing est abordé dans sa pratique originelle et la respiration étant associée à l’esprit apparaît comme déterminante dans les exercices. Les méthodes Kan et Li qui en découlent ont été exposées.

« Shen et respiration sont mutuellement dépendants (Shen Xi Xiang Yi)-Méthodes

Nous savons maintenant que la respiration est une stratégie qui permet de diriger le Chi de nombreuses façons et permet de contrôler et d’ajuster Kan et Li qui, à leur tour, contrôlent le yin et le yang du corps (…) Lorsque le Shen s’accorde à vos inspirations et vos expirations, il peut alors commander directement la condensation ou l’expansion du Chi… »

Dr Yang Jwing Ming « Chi-Kung de Damo » p.96 Chapitre 4 -  Kan et Li

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                

 

 

 

 

Schéma extrait du « Chi-Kung de Damo » p.94

 

L’intérêt se tourne vers cette respiration qui peut être la solution pour un maintien en bonne santé. Si on souhaite conserver sa jeunesse, il faut réguler la respiration de façon à  maintenir en harmonie Yin et Yang.

Le Shen ou l’intention Yi sont sollicités dans le Yi Jin Jing car la respiration est dirigée pour orienter le Qi.

Le Qi est acheminé au Dan Tian dans un premier temps puis redirigé vers les muscles en profondeur et vers les membres, là où le travail d’étirement est réalisé.

Dans les cours de Qi Gong pour débutants, toutes ces informations sont mises de côté pour privilégier la détente et ne sont distillées que petit à petit. Par contre, le souffle dirigé au Dan Tian s’avère essentiel afin d’augmenter la quantité de Qi, la force vitale, dès le départ. On peut rajouter l’intention de porter ce souffle (sur l’expire) jusqu’aux endroits où se réalise l’étirement.

 

« Le pratiquant devra fournir ici un effort physique assez important. Cependant, il devra utiliser la respiration et la concentration avec beaucoup de précision afin d’optimiser les effets de chacun des exercices. » Bruno Rogissart) « Pratique de classiques originels » p. 155

 

Le fait de pratiquer le Yi Jin Jing permet de prendre conscience de la respiration et de ses capacités à diriger le Qi grâce à l’intention, mais aussi de la cohérence entre mouvement et respiration. On s’aperçoit aussi que le corps récupère de la vitalité et qu’il s’est opéré un phénomène de circulation relancée. Suite aux exercices, on peut noter une fluidité interne ainsi qu’une souplesse des muscles et articulations qui n’y étaient pas auparavant (d’après une expérience personnelle).

 

 

 

c) Les muscles et les tendons

«  La série Yi Jin Jing permet l’ouverture des articulations, l’étirement et l’assouplissement des muscles, et le renforcement des tendons » Bruno ROGISSART « Pratique de classiques originels » p. 155

 

Le Yi Jin Jing est axé principalement sur ces objectifs et ceci grâce à la respiration dirigée par l’intention. Le travail s’effectue notamment sur les méridiens tendino-musculaires (JING JIN) qui correspondent aux douze principaux mais qui se situent plus en superficie. Ils occupent une zone plus large que celle des principaux et celle-ci se rattache aux articulations et à d’autres parties du corps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ex: JING JIN de la Vésicule Biliaire

 

L’étirement libère les zones de tensions, de stagnation et ouvre les articulations qui sont traversées par les méridiens principaux.

Bruno ROGISSART préconise dans son livre « Pratique des classiques originels » p. 154 de ne pas forcer durant les exercices :

« Pour obtenir une bonne stimulation des méridiens il faut étirer le corps progressivement. Lorsque vous étirez une zone du corps, lui donner d’abord son amplitude naturelle. (…) C’est à partir de cette position d’amplitude naturelle que vous allez véritablement obtenir une bonne efficacité dans l’étirement, car le corps sera détendu dans un premier temps, et l’énergie pourra se diffuser jusqu’aux extrémités des membres. Ne jamais forcer les exercices. »

 

Ces méridiens tendino-musculaires constituent les zones du corps où le Qi et le Sang des douze méridiens principaux nourrissent les muscles, les tendons et les ligaments. Ainsi, en pratiquant les Yi Jin Jing, les muscles se détendent et les tendons se renforcent de manière à mieux supporter et articuler la structure osseuse.

Dans son livre « Dynamique interne du Tai Chi » p.34, Mantack CHIA exprime la différence entre muscles et tendons durant l’effet de vieillissement :

 

« Même si l’on s’entraîne quotidiennement toute sa vie, on arrive nécessairement à un âge où les muscles commencent à décliner, en force et en volume. Le tissu musculaire se détériore, et il n’est plus reconstitué aussi efficacement que dans la jeunesse. Le tissu musculaire exige aussi pour se nourrir et se maintenir une grande partie des éléments nutritifs que nous absorbons.

En revanche, les tendons ne sont pas affectés par l’âge, et ils n’exigent qu’une vascularisation minimum pour leur maintien. Si quelqu’un a acquis des tendons forts grâce à un régime d’exercices, leur puissance peut être conservée jusqu’à un âge très avancé. »

Ainsi, le Yi Jin Jing renforce les tendons et détend les muscles lorsqu’il est pratiqué correctement, sans forcer, sans créer de tensions au niveau tendino-musculaire par un étirement progressif. Voilà déjà une approche de signes de longévité que l’on peut apercevoir en Chine ; de nombreuses personnes âgées font encore le Qi Gong ou le Tai Chi et leur pratique reflètent une excellente souplesse.

 

 

 

 

 

2) Le Yi Jin Jin et notre santé

 

 

a) Le dessous caché des méridiens

La médecine chinoise arrive à expliquer pourquoi et comment ces exercices peuvent être bénéfiques pour la santé. Elle s’est emparée des Yi Jin Jing car ils sont en corrélation avec les méridiens. L’importance de ces derniers dans le corps a été soulignée et nous avons vu la place prépondérante de la respiration - mouvement.

Si nous résumons, l’inactivité et la mauvaise respiration engendrent des stagnations et la malnutrition des organes en interne, d’où le vieillissement prématuré de notre organisme et l’apparition de pathologies.

Pour cela, les Chinois désireux de vivre le plus longtemps possible ont réfléchi et analysé le corps humain afin d’élaborer des exercices capables de maintenir en bonne santé. Da Mo a  laissé un élixir de jouvence à la Chine avec ses vingt huit formes.

Examinons de plus près le terme chinois, « méridien » qui pourrait nous révélé des secrets.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Dr Jerry ALAN JOHNSON (dans « Traité de Qi Gong Médical , Vol.1» chapitre 8 p. 323) nous expose son point de vue sur les méridiens tendino-musculaires, voir les caractères ci-dessus :

« Le caractère Jing représente l’idéogramme chinois signifiant « canal » pouvant se traduire également par « méridien », « traverser » et « l’enveloppe d’une fibre ou d’un filet de soie ». Il possède de multiples significations que l’on retrouve dans les nombreux composants du caractère. (Figure 8.5) Le radical Mi, à gauche, est utilisé pour signifier la soie, le filet ou des objets fibreux. Le composé-phonétique Jing, à droite du caractère est parfois employé pour signifier le flot souterrain de l’eau. (…) L’idéogramme décrit dans son ensemble les profonds passages aquatiques ou les rivières souterraines tissant énergétiquement ensemble le tissu interne du corps humain (Fig. 8.15)

Le caractère Jin représente l’idéogramme chinois signifiant « tendon ». L’un des premiers dictionnaires médicaux chinois, le Shou Wen Jie Zi explique le terme Jin (traduit par « muscle », « tendon » ou « ligament ») comme « la force de la chair » (…) Le caractère Ji, situé à gauche, représente l’idéogramme signifiant « tissu corporel », « muscle », ou « chair » (tous étant des formes de tissu connectif), et Li, à droite, signifie « force » (Fig.8.16). Par conséquent, le mot Jin compare les caractéristiques fibreuses et résilientes des tendons à la qualité souple et entrelacée de bambou. »

 

Il ressort de ce descriptif détaillé du caractère la notion « d’enveloppe d’une fibre » et l’aspect de « traverser » comme des rivières souterraines. On retrouve l’aspect de « tissu connectif » dans les autres caractères des méridiens.

Les tissus connectifs ou conjonctifs ou encore fascias seraient en étroite relation avec le système de circulation, de transmission de l’énergie dans le corps. Ils constituent tout un réseau dans notre organisme qui se connecte jusqu’à la moindre cellule. Les tendons sont eux aussi des tissus conjonctifs. Tous les muscles sont entourés par ces membranes.

Ainsi, lorsqu’on pratique le Yi Jin Jing, ces tissus sont étirés et cela permet au Qi de mieux circuler. La graisse et d’autres impuretés peuvent bloquer la bonne circulation du Qi, c’est pour cela que dans la pratique originelle du Yi Jin Jing, les massages sont pratiqués durant cent jours afin de libérer ces voies conjonctives. Dans les cours de Qi Gong, le Yi Jin Jing n’a pas de massages associés mais les étirements suffisent à mobiliser ces tissus connectifs certains d’entre eux appelés fascias.

 

 

 

 

 

Schéma extrait du livre de Mantak CHIA « Dynamique interne du Tai Chi Chuan » p. 47

 

b) Que sont les fascias ?

                  

 

 

Schéma extrait du livre de Mantak CHIA « Dynamique interne du Tai Chi Chuan » p. 47

 

 

Ils constituent la partie molle des tissus conjonctifs, ces membranes fibro élastiques qui enveloppent toute la structure du corps. On les retrouve sous tout l’épiderme, entre la peau et les muscles, autour des organes et des glandes. Les tendons et les ligaments sont eux aussi des structures « fasciales ».

Ces fascias constituent un réseau blanc, fibreux qui a plusieurs missions dans l’organisme notamment celle de séparer et maintenir nos organes ou celle de faire glisser les muscles les uns contre les autres. Les fascias sont partout et jouent un rôle très important dans la souplesse du corps et la bonne réalisation de nos mouvements car ils véhiculent la force biomécanique, le Qi.

 

  « Dans la pratique du wai Dan Yi Jin Jing, les fascias sont utilisés comme des condensateurs électriques, capables de stocker des charges électriques. Ainsi, et grâce à un entrainement spécifique, les fascias ont la capacité d ‘accumuler abondance de chi. Ce chi est ensuite utilisé pour nourrir les muscles, les tendons, les os et la peau » Dr Yang Jwing-Ming. 

 

Les différents groupes de fibres musculaires sont entourés de leur membrane qui les maintient tels des quartiers d’orange. D’après le Dr. Robert SCHLEIP, Directeur du « Fascia Research Project », Ulm-University (Allemagne), le fascia  pourrait être considéré comme un organe sensoriel, l’un des plus complexes et le plus important pour la perception du corps appelé proprioception. On parle alors de récepteur fascial qui nous permet d’orienter nos mouvements dans l’espace. Le Dr SCHLEIP évoque aussi des cellules, dites architectes, logées dans les fascias qui produisent du lubrifiant et refont des fibres selon les besoins.

Par manque d’exercices physiques, les cellules produisent peu de lubrifiant et c’est pourquoi les fascias peuvent adhérer ou durcir. Le réseau des fascias s’apparente à une toile d’araignée et les douleurs dues à l’immobilisation peuvent se répandre sur tout l’appareil locomoteur.

 

 

 

c) Le Yi Jin Jing : le Secret de la jeunesse

 

Comment ne pas remarquer que la médecine chinoise et la médecine occidentale se rejoignent ? Déjà en 1996, Mantak CHIA, dans son livre « Dynamique interne du Tai Chi » dit que des recherches sont faites depuis trente ans et : « On soupçonne maintenant que le système médical chinois traditionnel fondé sur les méridiens peut avoir un lien étroit avec le concept du tissu conjonctif omni pénétrant. »

 

Il est de mon avis qu’en pratiquant les Yi Jin Jing on stimule correctement les méridiens, les tendons et ligaments, et donc les tissus conjonctifs. Les étirements agissent ainsi jusqu’en interne et il s’opère une meilleure alimentation des organes par le biais des fascias. Pourquoi Da Mo a-t-il choisi ces mouvements ? Il n’ y a pas de hasard. Il a médité afin d’obtenir une solution pour ces moines qui dépérissaient par manque d’exercices et une mauvaise alimentation. Sa solution a été la série de Yi Jin Jing qui, pertinemment, agit jusqu’en profondeur, permet de revitaliser les organes grâce au réseau de tissus conjonctifs. Le but était de transformer le malade en sain. Cette hypothèse m’appartient. Pourtant, de nombreuses études chinoises et occidentales se recoupent sur l’action des fascias.

Le Qi Gong de santé existe depuis fort longtemps, nous l’avons vu. En Occident, il est axé sur la détente, sur le mieux vivre. Certes, dans un premier temps, il peut aider à retrouver un certain équilibre de vie. Mais n’est-ce pas ignorer toute sa substance et mettre de côté un outil qui est à même de nous remettre dans l’axe, en connexion avec la nature? Pourquoi ne pas profiter de ses enseignements qui ont su perdurer et venir jusqu’à nous ? Pourquoi taire les bienfaits du Qi Gong et ne lui consacrer qu’une image de gymnastique de détente ?

La médecine chinoise intervient sur la globalité de l’individu et le Qi Gong aussi. Le principe du Yi Jin Jing m’a plu car, ayant pratiqué les exercices, je me suis rendue compte par moi-même de l’impact que cela faisait sur l’organisme. J’ai été convaincue des bienfaits profonds qui valent de nombreuses séances d’acupuncture. Je suis persuadée que le Yi Jin Jing libère de nombreux blocages sur les méridiens et cela retentit automatiquement sur les organes, donc sur leurs fonctions, mais aussi sur les émotions qui leur sont associées.

J’ai ressenti, en pratiquant les Yi Jin Jing, une force corporelle qui a engendré une meilleure santé mentale. L’esprit plus clair, plus prompt et plus efficace dans les tâches quotidiennes. J’ai remarqué que j’avais besoin de moins de sommeil. Mon corps est plus souple, plus rapide dans les mouvements et déplacements. Les douleurs tendino-musculaires ont disparues.

Le Qi qui circule dans le réseau de fascias m’apparaît comme étant ce que nous propose Da Mo. 

« Ce mouvement interne participe à l'équilibre général du corps et s'avère être une véritable force de vitalité et de santé. Essentiel dans le fonctionnement humain, il offre de nouvelles perspectives dans l'approche thérapeutique des troubles tant physiques que psychologiques »

 

 

 

 

POUR CONCLURE

 

Extrait tiré de l’Atlas d’acupuncture de Claudia FOCKS                               

 

 

« Fonctions

La principale fonction des méridiens musculaires est de distribuer le Qi et le Sang (xue) à la surface du corps, de même que de relier les muscles, les tendons et les ligaments aux articulations. Généralement, les méridiens musculaires rassemblent des groupes de muscles en synergie, facilitant leur mobilité et leur mouvement naturel tout en ayant aussi pour fonction de les relier à la surface du corps. En même temps, ils protègent les os et le squelette en les reliant à la structure du corps.

Le bon fonctionnement des muscles dépend de la Rate (pi) et du Foie (gan), et plus précisément du Sang (xue) de ce dernier. Alors que l’aspect Yin de la musculature, la « chair », est régi par la fonction de nutrition de la Rate, le fonctionnement des muscles et des tendons est gouverné par le Foie. Mais le Foie est également en liaison avec les structures mésenchymales du corps, surtout celles qui entourent les organes. Les méridiens musculaires ne sont pas uniquement composés de structures musculaires mais comportent aussi les formations mésenchymales, de sorte que, selon Larre et Rochat de la Vallée, ils sont également impliqués dans la structure du diaphragme et dans les membranes séreuses du thorax et de l’abdomen, en particulier la plèvre, le péritoine et le péricarde. Dans les régions les plus profondes du corps, ils agissent grâce aux fascias musculaires profonds. Une des fonctions principales des méridiens musculaires est de constituer une « enveloppe protectrice » qui protège le corps contre les attaques venant de l’extérieur. À cet égard, le Qi Protecteur (wei qi) revêt une importance particulière (➞ 1.1.4) : les fuseaux musculaires sont traversés par un flux de Qi vague et diffus qui contient aussi du Qi Protecteur (wei qi). Le Qi Nourricier (ying qi) est également présent, surtout à l’extrémité externe du fuseau musculaire (➞ 1.1.4).

Les méridiens musculaires ont également pour tâche d’empêcher l’accès aux méridiens les plus profonds. Autrement dit, dans une situation pathologique, les méridiens profonds ne seront atteints que si la résistance des zones musculaires a été brisée. Un des objectifs importants de la thérapie par le massage tuina est d’évacuer la tension musculaire. Selon Larre et Rochat de la Vallée (1996), les méridiens musculaires jouent aussi un rôle dans les troubles psychosomatiques dans la mesure où ils constituent une carapace musculaire très efficace. Les auteurs évoquent ici l’interprétation bioénergétique de la tension musculaire. »

 

 

 

Ce texte résume l’importance des méridiens tendino musculaires dans le fonctionnement de notre organisme. De là, on peut mesurer l’impact du Yi Jin Jing sur notre santé physique mais aussi sur notre psychisme.  En effet, le corps et l’esprit sont traités conjointement en médecine chinoise. Si les fonctions des organes sont opérationnelles, l’équilibre des éléments est maintenu et les émotions sont régulées.

C’est pourquoi, lorsque l’on pratique régulièrement le Yi Jin Jing et que l’on se nourrit le plus correctement possible, on se rapproche de plus en plus de l’équilibre que l’on a perdu. L’harmonie totale, l’équilibre parfait ne peuvent être atteints car ils seraient immuables. Hors, le Yin et le Yang sont en perpétuel mouvement et donc l’équilibre aussi. Il faut donc rester dans le juste milieu, sans excès. Lorsque nous allons contre nature, nous la détruisons. C’est ce qu’il se passe avec notre corps qui, lui, est né de la nature mais abimé dès lors qu’il grandit dans cet environnement  dénaturé.

PETIT BÊTISIER DES COURS 2018-2019 À  MONFORT

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